par Véto-pharma Septembre marque un tournant au rucher. Une génération particulière d’abeilles se met en place, les abeilles d’hiver. Contrairement aux abeilles d’été qui vivent quelques semaines, ces hivernantes vivront plusieurs mois. Ce sont elles qui assureront la thermorégulation de la grappe pendant la mauvaise saison, puis nourriront le premier couvain à la sortie de l’hiver. Leur qualité, et donc la survie de la colonie, se joue maintenant.
Or trois facteurs pèsent sur cette génération au même moment : la pression varroa, les réserves nutritionnelles et la prédation par le frelon asiatique. Ils ne sont pas indépendants, ils convergent tous vers un même point, la capacité de la colonie à produire des abeilles d’hiver en bonne santé et à les protéger. Les traiter séparément, c’est risquer d’en négliger un. Voici comment les aborder ensemble.
Les abeilles d’hiver sont vulnérables pour une raison précise. Le varroa se reproduit sur les derniers couvains de la saison, se nourrit du corps gras de l’abeille, sa principale ressource, ainsi que de son hémolymphe, et transmet des virus, au premier rang desquels le virus des ailes déformées (DWV). Le problème est double : le parasite affaiblit directement l’abeille, et il pioche dans les réserves lipidiques et protéiques stockées dans ce même corps gras, celles-là mêmes dont l’abeille d’hiver aura besoin pour tenir jusqu’au printemps. Une colonie qui entre en hiver avec une forte charge produit des abeilles épuisées avant l’heure.

Autre point à garder en tête : les dégâts du varroa ne se voient pas toujours à l’œil nu. La charge virale qu’il transmet peut peser lourd et durablement sur une colonie, y compris après le traitement, car les virus persistent plusieurs semaines une fois le parasite maîtrisé. C’est pourquoi il ne faut jamais attendre le dernier moment pour intervenir. La meilleure approche n’est pas le traitement unique de fin de saison, mais une lutte intégrée conduite tout au long de l’année, qui combine méthodes de biotechnie (piégeage dans le couvain mâle, encagement de reine, retrait de couvain) et traitements, pour maintenir l’infestation au niveau le plus bas possible en permanence.
Concrètement, l’erreur classique est de traiter au calendrier, sans connaître son niveau d’infestation. Le bon réflexe, c’est de mesurer d’abord. Un comptage de varroas phorétiques, par lavage à l’alcool, roulement au sucre glace ou injection de CO2, donne une image fiable de la situation. Un outil comme le Varroa EasyCheck rend ce geste rapide et reproductible d’une visite à l’autre. L’infestation varie énormément, d’une année sur l’autre comme d’une ruche à l’autre : au sein d’un même rucher, on peut trouver en fin de saison des colonies sous les 500 varroas et d’autres en contenant plusieurs milliers. Appliquer la même routine à des situations aussi différentes ne donne pas le même résultat.

Attention à ne pas confondre efficacité du traitement et résultat obtenu : un traitement efficace à 90 ou 95 % laisse malgré tout une infestation résiduelle proportionnelle à la charge de départ. Sur une colonie très infestée, ce résidu peut rester élevé. D’où l’intérêt de contrôler l’efficacité par un nouveau comptage après traitement, et de rester attentif au risque de réinfestation par pillage ou dérive depuis les ruchers voisins.

Enfin, le traitement de fin de saison ne suffit pas toujours. De plus en plus, il est utile de le compléter par un traitement hivernal à base d’acide oxalique, appliqué pendant une période hors couvain, pour cibler les varroas résiduels en arrière-saison. Ce rattrapage est particulièrement efficace quand la colonie est sans couvain. Mais attention : les hivers plus doux rendent cette rupture de ponte naturelle plus incertaine, parfois inexistante, ce qui impose de surveiller de près la biologie de ses colonies plutôt que de s’en remettre au calendrier.
Pour vous aider à construire une stratégie efficace de lutte intégrée contre Varroa, vous pouvez télécharger notre Guide « La lutte intégrée contre Varroa au fil des saisons » , co-écrit avec le Dr Gérald Therville, vétérinaire spécialisé en apiculture et pathologies de l’abeille.
Une bonne abeille d’hiver, c’est aussi une abeille bien nourrie. Ces hivernantes stockent des réserves protéiques dans leur corps gras et produisent de la vitellogénine, une protéine de réserve issue du pollen qui soutient l’immunité, la longévité et la capacité à élever le couvain. C’est elle qui caractérise le métabolisme si particulier de l’abeille d’hiver. Il existe une relation directe entre le niveau des réserves constituées en fin d’été et la survie hivernale de la colonie.
Le problème, c’est que la fin d’été rime souvent avec disette : peu de pollen disponible, et un varroa qui entame les réserves du corps gras. Le sirop couvre les besoins en glucides, mais il ne règle pas la question protéique des derniers couvains, ceux qui produisent justement les abeilles d’hiver. Là où le pollen manque, en quantité ou en qualité, un complément protéiné tel que MegaBee, riche en protéines et micronisé pour être bien assimilé, aide à soutenir l’élevage de fin de saison.
Un point pratique issu de la conduite du rucher : pour être utile, un nourrissement protéiné doit être idéalement maintenu suffisamment longtemps, de l’ordre de quatre à six semaines, soit environ deux cycles de couvain, le temps de lancer un cercle vertueux et couvrir la génération d’hivernantes.
Pour en savoir plus, vous pouvez télécharger notre Guide « Nutrition des abeilles » , co-écrit avec le Antonio Pajuelo, spécialiste de la nutrition des ruches.
Longtemps perçu comme un problème français, depuis son introduction en 2004, le frelon asiatique (Vespa velutina) est devenu une histoire internationale. En Europe, il a récemment été signalé en Autriche, Irlande, Luxembourg, Pays-Bas et Slovaquie. Aux États-Unis, la première détection en milieu ouvert a eu lieu en Géorgie en août 2023, et les campagnes d’éradication s’y poursuivent. Plus marquant encore pour l’hémisphère sud : la Nouvelle-Zélande a détecté l’espèce sur son territoire pour la première fois en octobre 2025, sur la North Shore d’Auckland, avec une réponse d’éradication toujours en cours début 2026.
Pourquoi cette vigilance ? Parce que la pression du frelon sur les colonies est loin d’être anecdotique. Une étude française a estimé qu’un seul nid peut consommer en moyenne 11,32 kg de biomasse d’insectes sur une saison, les abeilles domestiques représentant environ 38 % de ce régime. Surtout, quand les colonies de frelons sont populeuses, de nombreux individus capturent les butineuses au retour à la ruche, provoquant une paralysie de l’activité de butinage qui peut mener à l’effondrement de la colonie. L’abeille mellifère, qui n’a pas coévolué avec ce prédateur, ne dispose pas des défenses efficaces de l’abeille asiatique.
Les chiffres de mortalité varient selon les régions et les études, mais ils sont parlants. Dans certaines régions européennes, la prédation a entraîné la perte de près de 50 % des ruches, et dans le sud-ouest de la France, des apiculteurs ont rapporté des pertes de 30 à 80 % de leurs colonies. Dans un rucher suivi en conditions expérimentales, sur six ruches, une a été entièrement détruite et les cinq autres ont vu leur population réduite de moitié. Et le lien avec la nutrition est direct : en freinant le butinage à la période même où la colonie doit constituer ses réserves d’hivernage, le frelon aggrave un déficit nutritionnel au pire moment.
L’automne est la période de plus forte pression. La protection passe par plusieurs leviers complémentaires : réduction des entrées, dispositifs de protection autour de la planche d’envol, et piégeage autour du rucher. Les pièges VespaCatch Original et VespaCatch Select s’inscrivent dans cette logique, le second étant conçu pour limiter les captures non ciblées, un point qui compte car un piégeage peu sélectif nuit aussi à l’entomofaune utile. Le piégeage reste un outil parmi d’autres : en cas de forte prédation, il est conseillé de l’associer à d’autres dispositifs, comme les muselières ou harpes électriques.
Ces trois sujets n’en forment qu’un. Une abeille d’hiver de qualité a besoin des trois conditions réunies : peu de varroa, des réserves suffisantes, et un rucher protégé de la prédation du frelon. Chacune influe sur les autres. Un varroa non maîtrisé diffuse des virus dans la colonie et creuse les réserves du corps gras. Un frelon actif freine le butinage qui les reconstitue. Et une colonie mal nourrie résiste moins bien à tout le reste, parasites comme virus.
Ce qui relie tout, c’est l’anticipation. Une gestion efficace ne se joue pas sur une intervention de dernière minute, mais sur une série de décisions prises au bon moment, tout au long de la saison, et ajustées à la réalité de l’année en cours. Chaque année est différente, et le changement climatique ne fait qu’accentuer cette variabilité : hivers plus doux, arrière-saisons qui s’allongent, pression parasitaire et prédatrice qui se décalent. Prenez le temps, ce mois-ci, de faire le point sur les trois leviers. C’est maintenant que se prépare la colonie que vous retrouverez au printemps.
par Véto-pharma
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